Groupe de théâtre

LE THÉATRE-FORUM

notre méthode pédagogique

1- Qu’est-ce que le théâtre-forum ?

C’est une des techniques du théâtre de l’Opprimé, méthode théâtrale élaborée par le Brésilien Augusto Boal dans les années 1970.


Né en 1931, Augusto Boal est dramaturge, écrivain, théoricien, metteur en scène. Il a inventé de multiples formes de théâtre qui furent d'abord une réponse à la répression politique qui s'abattait alors sur le Brésil, son pays d'origine.


Cette technique est fondée sur la conviction que le théâtre est un outil pouvant changer les choses et le monde, elle vise à mettre en scène, pour leur redonner leur dimension collective, des situations problématiques ou conflictuelles qui sont le plus souvent intériorisées et vécues comme bloquées.


Comme dans la vie, les histoires qui en découlent finissent mal. Et c’est aux spectateurs, qui deviennent donc acteurs à leur tour, de monter sur scène pour imaginer une solution, ou essayer de dénoncer, de remettre en cause le rapport de force qui leur est dévoilé. S’instaure alors un débat démocratique et participatif.


2- Ce que le théâtre-forum fait travailler :


L'objectif de cette approche n'est pas de chercher la bonne solution, la recette miracle qui conviendrait à tous dans toutes situations. Il s'agit plutôt de développer sa capacité de présence et d'évaluation dans une situation stressante :

à quelle distance est-ce que je me sens bien ?

Est-ce que j'arrive à entendre ce que me dit l'autre ?

Est-ce que j'arrive à respirer ?

Est-ce que je me sens en danger ? Quels mots pourrais-je dire ?


Les effets de ses attitudes sur les autres et sur l'histoire sont expérimentés in vivo, sans risque pour soi, pour l'autre et pour la relation puisque ceci est du jeu.


Les participants développent :

- leur capacité d'introspection qui permet de mettre en lumière, sans honte ni culpabilité, les pensées, émotions et sensation qui les traversent,


-  leur capacité de décentration qui consiste à mieux entendre et prendre en compte le ressenti et le point de vue des autres.


Au-delà de la technique, c'est une transformation de l'attitude intérieure, du regard sur l'autre et sur soi-même qui est progressivement amenée.

Cette approche se différencie du psychodrame par le fait que le formateur ne cherche pas à travailler les raisons des blocages ou des représentations inadéquates mais seulement à les rendre conscientes.


Les émotions qui émergent sont accueillies avec empathie et l'on évite d'aborder des situations trop douloureuses ou personnelles qui dépasseraient le cadre de ce travail et relèveraient plus de la thérapie.


3- Les quatre points-clefs du théâtre-forum :


- Le théâtre-forum est une mise en œuvre de l’approche systémique : en changeant un personnage, c’est l’ensemble du système qui est modifié.


- La réflexion s’appuie sur des situations concrètes. Le spectateur ne peut rester dans des valeurs intellectuelles (le respect, l’autonomie, …) mais se risque à les incarner pour en évaluer les bénéfices et les risques.

- Le théâtre-forum interpelle la personne dans sa globalité. On ne parle pas sur le sujet, on vit la problématique avec son corps, ses émotions et sa réflexion. En prenant conscience, dans l’action, de ses représentations, de ses peurs mais aussi de ses ressources, le spectateur apprend à canaliser sa réactivité dans des situations de stress ou de conflit. Il se donne ainsi plus de chance d’incarner ses valeurs.


- Le groupe est un point d’appui essentiel pour différencier observation et interprétation, faits observables et interprétation et favoriser ainsi l’intelligence collective.


4- Les principes de base du théâtre-forum :


Le premier principe de base du théâtre-forum consiste à aborder une problématique collective dans laquelle se retrouve un ensemble de personnes.

Le théâtre-forum est le théâtre de la première personne du pluriel : « Nous avons un problème, nous vivons une situation conflictuelle que nous ne supportons plus, nous vivons une oppression ». La problématique collective émerge de l’expression de certains membres et se révèle une problématique commune. Le théâtre-forum met en scène cette problématique non pas pour donner des réponses, conseiller ou orienter le débat dans une direction mais pour donner un support concret de réflexions et d’échanges.


Le deuxième principe de base du théâtre-forum concerne la manière dont l’évolution de la situation est appréhendée. Le théâtre-forum ne fait pas disparaître de façon magique les difficultés mais invite la personne qui se sent inconfortable ou oppressée à trouver les ressources en soi et autour de soi pour sortir d’une situation qui ne lui convient plus. Si on change son environnement, on résout son problème de façon « irréelle ». La seule personne que l’on peut changer, c’est soi-même: son regard sur soi, sur les autres et sur le monde et son attitude dans la situation. Les autres changent par rebond. La personne la plus motivée pour changer une situation est celle qui ressent le plus d’inconfort. C’est pourquoi dans le théâtre-forum, on focalise d’abord l’attention sur la personne qui souhaite que cela change :

en quoi sa manière de se comporter dans la situation n’apporte-t-elle pas le changement attendu ?

Que peut-elle essayer d’autre pour se donner plus de chances de faire évoluer la situation ?

L’histoire présentée est donc nécessairement nourrie par des témoignages de personnes qui se sentent « coincées » dans des situations et qui voudraient les voir évoluer sans savoir comment s’y prendre. Le fait de mettre en scène la situation leur permet de se voir agir. Elle peut ainsi mieux prendre conscience de la manière dont elle participe au blocage de la situation, modifier sa représentation et envisager de nouvelles manières d’interagir.

Chaque participant est donc invité à se poser la question : " Qu'est-ce que je ferais si j'étais au cœur de cette situation ? ".


Le troisième principe de base du théâtre-forum concerne l’impact du groupe sur le développement individuel : la personne fait évoluer son regard sur une situation en entendant d’autres interprétations et fait évoluer ses attitudes en voyant d’autres manières de faire.

En effet, lorsque la personne voit se dérouler la situation, elle lui donne sens par rapport à ses propres valeurs, elle l’interprète au travers de ses propres lunettes et de plus, lorsque cette situation est tendue, conflictuelle, elle prend parfois parti de façon radicale en cherchant un coupable.

Cette première lecture d’une situation semble parfois tellement évidente que l’on a du mal à imaginer que les autres puissent ne pas partager cette vision. On peut même en devenir agressif envers ceux qui ont une autre position, parfois tout aussi radicale ! Certains points de vue vont apparaître comme dominants dans certains milieux et s’imposeront. Quand un point de vue est dominant dans un public, il émerge souvent en premier, puis une fois qu’on en a approfondi les bénéfices et la manière d’amener ce changement, on en évoque aussi les risques et les limites et souvent un autre point de vue émerge qui amène une nouvelle perspective. C’est pourquoi il est intéressant de présenter un spectacle devant des publics venant d’horizons différents, occupant des places différentes pour que les points de vue divers puissent s’exprimer et « bousculer » ainsi le regard de chacun. À aucun moment, l'animateur ne cherche à contredire un participant, au contraire il écoute son propos sans préjuger de sa pertinence, encourageant ainsi chacun à s'ouvrir à d'autres interprétations de la situation. La rencontre de ces différents points de vue permet à chacun d'élargir son champ de vision en passant d'une vision unique et réductrice à une vision plus complexe.


5- Théâtre-forum et développement relationnel :


La préoccupation première du théâtre-forum a été de donner un support de réflexion et d’action à des individus ou à des communautés victimes d’injustice et de discrimination. Le théâtre-forum sensibilise alors le public à l’oppression qui est en jeu, favorise une meilleure compréhension des enjeux du conflit, et suscite une mobilisation individuelle ou collective pour faire évoluer la situation.


Le deuxième axe impulsé par A. Boal est l’articulation entre théâtre-forum et thérapie qui intègre une dimension plus subjective et intérieure de l’oppression. L’analyse de la situation jouée contribue à l’éclairer pour distinguer ce qui est de l’ordre d’une oppression objective (rapport de forces déséquilibré, abus de pouvoir, loi injuste ou absence de loi) de ce qui est issu des représentations des protagonistes et des projections sur l’autre. Les expériences traumatisantes individuelles et collectives peuvent parasiter les perceptions du monde et arrêter le processus d’évolution. En lien avec les deux pistes explorées par A. Boal, le théâtre au service de la lutte contre les oppressions et le théâtre au service de la thérapie, nous proposons une troisième voie complémentaire et spécifique : le théâtre-forum au service du développement relationnel.


L’approche du théâtre-forum se révèle particulièrement adaptée pour accompagner des groupes qui constatent un décalage entre leurs valeurs et leurs actes. Ils se plaignent de leur situation mais ne voient pas comment la transformer.


Les compétences relationnelles :

- La relation avec soi-même : Etre conscient des sensations, émotions et pensées qui me traversent et être capable de les exprimer de façon adaptée et claire,

- La relation duelle : Ecouter les sensations, émotions et pensées des autres sans juger ni se laisser manipuler, s'affirmer sans agresser, passer de l'opposition au dialogue,

- La relation d'autorité : développer une présence rassurante, frustrer sans violenter, contenir physiquement et psychiquement,

- La relation au groupe : développer l'écoute d'un groupe, favoriser une dynamique de coopération, transformer des tensions ou crises en occasions d'évolution, utiliser le groupe comme support des apprentissages. Pour aborder cette dimension relationnelle, il se révèle plus efficace d'utiliser des méthodes qui impliquent le corps et influent directement sur le cerveau émotionnel plutôt que de compter sur l'argumentation auquel le cerveau émotionnel est assez peu perméable.


En rejouant des situations conflictuelles non résolues, nous prenons conscience de nos émotions. Cette présence à soi-même permet de mobiliser ses ressources internes pour chercher des alternatives à la violence.


6- De l'intention à l'acte des personnages :

Le groupe permet de prendre conscience qu’un même comportement peut être interprété de diverses manières par chaque spectateur. D’une part, chacun entend et voit différentes choses, d’autre part, il les interprète en fonction de son ressenti et de son point de vue. Les interprétations multiples donnent un éclairage sur ce que chacun « voit » en fonction de ses valeurs et croyances et permet ainsi de relativiser son propre point de vue qui semblait pourtant au départ évident et objectif.


7- La dynamique de transformation :

Quelle que soit la situation que l’on vit, que l’on ait le rapport de forces ou non, que l’on soit au cœur du conflit ou témoin du conflit, on a toujours de la marge de manœuvre pour changer quelque chose : on peut changer son regard sur soi, sur la situation ou sur l’autre. On peut favoriser un dénouement heureux ou augmenter la violence, on peut se sentir concerné ou s’en aller, etc. C’est pourquoi, même s’il est pertinent de porter son attention plus particulièrement sur la personne qui est dans la situation la plus inconfortable pour chercher comment elle peut faire évoluer la situation, il est également intéressant de voir que chaque personnage est susceptible d’amener du changement.

L’approche est systémique, c'est-à-dire qu’on tente de décrypter en quoi le changement de regard ou d’attitude d’un personnage modifie la situation mais également les représentations et comportements des autres personnages.


La recherche de solutions développe l’imagination « qu’est-ce que je ferais si j’étais au cœur de cette situation ? » et l’anticipation « quels sont les bénéfices et les risques de chaque attitude ? ».


On s’intéresse non seulement au résultat objectif et observable (extérieur) « qu’est-ce qui a changé ? » mais également à l’impact sur l’intériorité de chaque personnage : « en quoi l’intervention du spectateur a-t-elle modifié les représentations et le ressenti des autres personnages ? »


Pour cela, on interroge le personnage afin qu’il fasse part au public de ce qu’il ressent. Parfois, le public a l’impression que rien n’a changé et c’est effectivement le cas si l’on s’intéresse uniquement aux faits. Mais en fait le changement est en train de se mettre en œuvre à l’intérieur des personnages. L’animateur du théâtre-forum invite à prendre conscience de ces changements extérieurs et intérieurs et peut également éclairer de façon plus précise les bénéfices et les limites des propositions en s’appuyant sur le modèle de la spirale dynamique.


8- La conception du théâtre-forum :

Pour que le public puisse appréhender la situation et s’identifier au personnage principal, il est nécessaire que l’histoire démarre avant le conflit. Le scénario est construit en trois étapes-clés :


a. un début d’histoire dans lequel le protagoniste est porté par un désir, un espoir susceptible d’aboutir;


b. la « crise chinoise » (opportunité d’évolution + danger) dans laquelle ce désir se frotte à un obstacle. C’est dans cette partie que plusieurs chemins peuvent être pris pour faire avancer la situation;


c. le protagoniste choisit d’emprunter un chemin qui le conduit vers un épilogue insatisfaisant et qui ressemble fort à une impasse.


La conception de l’histoire initiale passe par plusieurs étapes :

- des échanges avec la personne ou la communauté qui rencontre une difficulté afin de s’assurer de la présence d’un réel désir d’évoluer et de faire émerger des objectifs clairs;


-  une élaboration progressive d’un scénario dans lequel le groupe se reconnaît et qui reflète de façon claire un aspect de la problématique abordée;


- une clarification sur ce que veut, ressent et pense chaque personnage pour nourrir le jeu dans la situation initiale et dans les remplacements des comédiens;


- la répartition des rôles et un travail sur les personnages (attitudes symboliques de son état d’esprit, gestuelles, place de chacun, …). Les « comédiens » doivent incarner leur personnage de l’intérieur, en s’appropriant ses intentions, ses émotions et ses pensées. Il s’agit d’abord d’habiter le corps du personnage, de trouver sa voix (volume, débit, ton), puis ses mots.

Tous les gestes et les mots doivent avoir un sens, une intention.


De plus, chaque personnage choisit un accessoire qui le représentera et qui sera transmis au spect-acteur montant sur scène pour le remplacer (ainsi, lorsqu’une personne du public intervient, l’accessoire facilite la matérialisation du personnage qu’elle joue, autant qu’elle lui permet de quitter ce rôle lorsqu’elle rend l’objet);


-  la répétition proprement dite où l’on joue l’histoire. En fonction du contexte (nombre de personnes et objectifs), le théâtre-forum prendra plus ou moins la forme d’un spectacle. Dans un cadre de formation en petit groupe, on se focalisera sur la clarté de l’expression des émotions, des intentions et de la confrontation des points de vue. Dans un contexte de spectacle avec un public plus important, on élaborera une mise en scène plus travaillée : décor, costumes, musique et symboles dans le but de rendre l’histoire encore plus lisible et vivante.


9- La présentation du théâtre-forum :

Le théâtre-forum est présenté par un animateur, que l’on nomme aussi « joker », qui a pour mission d’aider les spectateurs à devenir, comme le dit Augusto Boal, des « spect-acteurs » à même d’exprimer leurs points de vue et de monter sur scène pour remplacer un personnage.


La présentation d’un théâtre-forum se déroule en trois parties : d’abord la présentation de la problématique et des règles du jeu, puis la représentation proprement dite, et enfin le forum et les remplacements.


Phase 1 : La présentation : L’animateur présente d’abord la problématique générale sous forme d’une difficulté rencontrée par une personne ou un groupe. La problématique est souvent exprimée sous forme d’une question. Puis il présente les personnages : « Nous allons vous présenter une situation inspirée de faits réels et qui nous semble incarner la problématique abordée. Cette situation reflète particulièrement la difficulté que rencontre un des personnages que l’on appellera le protagoniste. Je vais d’ailleurs vous le présenter. » Le protagoniste se présente et explique en quelques mots la difficulté qu’il rencontre actuellement et ce qu’il voudrait voir évoluer. Les autres personnages se présentent également. Et enfin il présente les règles du théâtre-forum : « Nous allons vous jouer maintenant la scène initiale qui se termine mal. Puis nous discuterons de ce qui se passe dans cette situation pour aider le protagoniste à explorer d’autres attitudes dans le conflit. Ceux qui le souhaitent pourront alors monter sur scène remplacer le protagoniste et tester leur proposition « in vivo ». Toutes les propositions sont les bienvenues car elles permettent d’en voir les effets sur la situation. En effet, dès que quelqu’un change, la situation évolue différemment. Après chaque proposition, nous analyserons ce que cela apporte au protagoniste mais également les risques que cela lui fait prendre. L’objectif n’est pas de trouver « la » solution qui résoudrait tout mais « d’élargir le champ des possibles » afin que dans la « vie réelle », le protagoniste puisse trouver plus de liberté et d’efficacité dans cette situation.


On précise également aux spectateurs les quelques règles de base :

- un homme peut remplacer une femme et inversement;

- la personne choisit le moment de l’histoire où elle souhaite intervenir. Ce moment peut même se situer avant le début de l’histoire ou après la fin;

-  on peut également faire intervenir de nouveaux personnages si besoin;


- et bien évidemment, les coups sont interdits. C’est d’ailleurs le rôle de l’animateur de garantir la santé physique aussi bien des spectateurs que des comédiens.


Phase 2 : la représentation proprement dite : La situation est jouée. Elle dure entre 5 et 10 minutes en fonction du contexte.


Phase 3 : le forum et les remplacements : La phase du forum est essentielle dans le théâtre-forum. Sans forum, pas de théâtre-forum. C’est précisément dans cette phase que peuvent s’exprimer les différentes interprétations de la situation : l’animateur écoute et reformule les différents points de vue exprimés qui viennent éclairer la situation avec des projecteurs différents. Puis, à la lumière de ces quelques échanges, l’animateur invite les spectateurs à venir remplacer le protagoniste pour explorer les effets d’une nouvelle attitude. À la fin d’un remplacement, l’animateur interroge le public pour lui demander les changements qu’il a observés, les bénéfices de cette intervention mais également les risques et les limites et s’entretient également avec le spect-acteur et les personnages pour qu’ils fassent part de la manière dont ils ont vécu la situation de l’intérieur. Puis l’animateur synthétise les apports de ce remplacement, remercie le spect-acteur et relance le public pour de nouvelles interprétations, questionnements ou propositions de remplacements.


10- L'animation d'un théâtre-forum :

L’animateur de théâtre-forum doit être capable de :

- susciter l’intérêt des spectateurs, 


-  favoriser l’expression, le questionnement, l’implication, le respect entre les participants mais également l’écoute et la prise de distance,


- transformer les points de vue qui semblent s’opposer en appositions d’idées et ouvrir le champ des possibles dans les attitudes à adopter.


Pour cela, il lui est nécessaire de poser et de tenir un cadre qui donne confiance aux spectateurs mais également canalise leur expression, 


- reformuler tous les points de vue sans les juger,


- impulser une dynamique d'implication, favoriser l'émergence de propositions concrètes d'attitudes pour inciter les participants à prendre le risque de jouer,


- valoriser les propositions faites, les changements obtenus tout en interpellant sur leurs risques et limites.


Les participants éprouvent souvent de l'appréhension à se mettre en jeu mais reconnaissent majoritairement que ces séances de formation ont été déterminantes dans leur évolution relationnelle.

L'utilisation de mises en situation en formation nécessite de la maîtrise et du tact, de l'écoute et de la confiance car cette approche implique fortement les stagiaires et travaille plus en profondeur les peurs et les résistances.


Faire exprimer ce que les spectateurs ont observé et ressenti : Une fois la scène jouée, chacun est invité à s'interroger sur :

- ce qu'il a observé dans cette scène (que raconte cette histoire ?),

- ce qu'il a ressenti ou pensé en voyant cette scène,

- ce que les protagonistes ressentent de l'intérieur. « Est-ce que cette situation vous parle et est-ce que vous vous y reconnaissez ? Est-ce qu’il y a un problème dans cette situation ? Qui a un problème ? »


Si le remplacement a transformé de façon claire la situation, on peut demander au public ce qui a changé et comment le protagoniste a fait. Puis demander aux personnages comment ils se sentent.


Ainsi, on a une vision extérieure (observation) et intérieure (introspection). Si des objections ou commentaires sont apportés par le public, on reformule et on invite à aller plus loin : « Est-ce que tu as une proposition ? » pour rebondir de façon fluide vers une autre proposition.


En premier lieu, on apprend à différencier l’observation d’une situation (les faits, les paroles, les gestes) de son interprétation (les intentions des personnages et la responsabilité de chacun dans la situation). L’observation permet d’entendre et de voir les faits et les comportements des personnages (l’extérieur) tandis que l’introspection permet de savoir ce qu’on a ressenti et pensé en observant la scène (son intérieur).


La reformulation en théâtre-forum : Dans un théâtre-forum, la reformulation a plusieurs objectifs. D’abord, il s’agit de s’assurer que tous les spectateurs ont entendu et compris le point de vue qui vient d’être exprimé et donc, en quelque sorte, d’en accuser réception. De plus, la reformulation a pour objectif de mettre en lien ce point de vue avec d’autres points de vue et de favoriser l’écoute, le dialogue et l’évolution du regard de chacun. Il ne s’agit pas d’une reformulation d’approfondissement comme dans une relation d’aide ou de thérapie mais juste un éclairage rapide et léger sur ce qui a été dit.


Les remplacements par les spectateurs : La pièce est jouée, les spectateurs expriment leurs réactions, l’animateur reformule les différents points de vue jusqu’à ce qu’un spectateur dise quelque chose du genre : « Tel personnage pourrait faire … ». L’animateur l’invite alors à jouer sa proposition plutôt que de la raconter. L’accompagnement consiste à aider le spectateur à se dépasser sans pour autant le violenter et nécessite donc d’être à l’écoute et bienveillant. Si personne ne veut remplacer les personnages, (situation finalement assez exceptionnelle), on peut tout simplement demander au public de «coacher» le personnage en lui donnant des idées d’attitudes nouvelles à explorer, ce qui en général conduit au bout d’un moment les spectateurs à incarner leurs propositions. Une fois que le spectateur est en jeu, se pose alors la question de savoir quand arrêter le remplacement : si c’est trop court, on n’a pas le temps d’en ressentir les effets, si c’est trop long, le public se démobilise. Là aussi, l’expérience de l’animateur l’aide à percevoir si l’essentiel a été dit, si le changement a été amorcé de façon suffisamment sensible et observable pour générer du débat avec la salle.


Certains facteurs plus concrets donnent également des repères pour gérer cette durée des remplacements : - quand un résultat évident est produit et qui déclenche d’ailleurs souvent les rires et applaudissements du public; 


- quand le spect-acteur sort de son personnage pour faire part de sa difficulté à mettre en œuvre ce qu’il avait prévu;


- ou encore quand la situation n’avance pas et que la transformation ne semble pas s’amorcer. Quelle que soit la nature du remplacement, il est important de toujours remercier le spect-acteur et de synthétiser en une phrase l’apport qu’il a fait. Même si cet apport semble parfois dérisoire, son intervention nous enseigne toujours quelque chose. Cette attention bienveillante est essentielle pour le spectateur lui-même qui a pris le risque de monter sur scène mais elle participe à la mise en œuvre d’un climat respectueux et ancré sur le dialogue. Si le remplacement a apporté une transformation assez évidente, on demande alors au public les changements dont il a été témoin et également comment le spectateur s’y est pris pour amorcer cette évolution. On peut demander également aux différents personnages quel impact cette intervention a eu sur leur intériorité. Puis l’animateur cherche à synthétiser en quelques phrases les apports de l’intervention mais aussi les questions, les risques ou les enjeux qu’elle amène. L’objectif est d’impulser d’autres propositions pour que s’installe progressivement une dynamique de recherche collective. Si le remplacement semble stagner, on peut faire un « arrêt sur image » pour « prendre des nouvelles du spect-acteur » : « qu’est-ce qui se passe pour lui ? » On peut demander au public ce qu’il a observé ou ce qu’il suggère. On tente alors d’aller plus loin avec ce même spect-acteur ou un autre. L’animateur, avec l’aide du public, accompagne alors la proposition du spectateur, « ce qu’il tente de faire », pour lui donner plus de chances de réussir. Pas à pas, on vérifie ce qui se passe en lui et dans les autres personnages, comme si on passait au scanner de façon continue l’impact des attitudes et paroles sur les états intérieurs. Cet accompagnement approfondit la conscience de soi et des autres en situation de stress et de conflit : tout en agissant, on agit, on tente de rester au plus près de ce que l’on ressent et de ce que les autres ressentent, on affine les capacités de ses capteurs internes et externes pour pouvoir en « temps réel » ajuster son cap et sa vitesse. En reformulant les bénéfices du comportement sans pour autant juger le personnage, l’animateur accepte inconditionnellement l’intériorité du personnage et peut alors l’inviter à approfondir les conséquences de son acte sur lui-même et sur sa relation aux autres.


L’animation d’un théâtre-forum demande donc de prendre la distance avec les points de vue exprimés et d’éviter les a-priori sur les solutions proposées. 

ARTICLE ECRIT PAR ASSOCIATION DEPARTEMENTALE MOSELLE OCCE

 

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